26 juillet 2006
L'impressionnisme selon Smola
Le mouvement impressionniste est apparu au cours de la seconte moitié du XIXème siècle et a libéré la peinture des contraintes traditionnelles. Le mouvement a fait preuve d'innovation condamnant l'académisme, tout en proposant une esthétique qui permit à la peinture ses dévelopements ultérieurs.
I - Les Précurseurs
Delacroix et Turner ont ouvert avec leurs études de la lumière de nombreuses perspectives aux impressionnistes et l'école Barbizon a introduit la nouvelle conception du paysage. Eugène Boudin initia le jeune Monet à la peinture en plein air mais c'est Manet qui devient le modèle à suivre même s'il n'adhérera jamais au groupe des impressionnistes.
II - D'où vient ce nom "Impressionnisme" ?
Entre le 15 avril et le 15 mai 1874, un groupe de jeunes indépendants en Société anonyme, exposèrent en marge du Salon Officiel chez le photographe Nadar. Cette exposition fut un scandal et le journaliste Leroy dans le Charivari du 25 avril, qualifia les exposants "d'impressionnistes" par dérision et à cause du tableau Impression de Soleil levant de Monet.
III - Le groupe impressionniste
Le groupe s'est formé dans les années 1860 et fut le résultat d'une rencontre d'artistes. Mais pourquoi se rassemblèrent ils ? Et bien, c'est en raison de plusieurs contraintes artistiques que le groupe se créa : ils avaient le désir de peindre des choses claires, ils refusaient toutes ces structures académiques et remettaient en cause les couleurs sombres maquées par d'épais vernis. Ils étaient insatisfaits de l'enseignement traditionnel. De plus, un peindre pour vendre ses tableaux devait appartenir à un atelier, participer au Salon Officiel pour obtenir une médaille, ce qui laissait peu de chance aux nouveaux talents de s'imposer puisque le Jury était très sévère. Le groupe était composé de Monet, Pissarro, Sisley, Renoir, Bazille, Cézanne et Guillaumin.
IV - Caractéristiques des Impressionnistes
On préférait la lumière naturelle à celle de l'atelier donc les tableaux se peignaient en plein air. On renonça aux toiles de grande dimension surtout pour des soucis d'économie et parceque ce n'était pas très pratique. On peignait tout, même les paysages dépourvus de pittoresque comme les campagnes. Les Impressionnistes avaient une certaine attirance pour l'eau et la neige. Leur objectif était de transcrire le plus fidèlement les moments fugitifs ou leur impression d'une scène particulière, de saisir l'éphémère, l'instantanéité sous une lumière naturelle. Ils furent les premiers à n'utiliser que des couleurs pures (rouge, bleu, jaune) et leurs complémentaires. Ils peignèrent par petites touches séparées, en virgule ou en trait (que l'on considéra comme un manque de métier). La couleur limitait le rôle du dessin avec quelques parties ombrées, ce qui effectuait une transformation, une dissolution des formes. Il n'y avait pas de perspective géométrique et la composition du tableau était d'une totale liberté. On remarque cependant l'influence des estampes japonaises.
V - Réaction du public
Le public fut déconcerté voire choqué lors des différentes expositions organisées par les Impressionnistes. Ces tableaux étaient trop modernes et trop novateurs à leur goût. Ce fut complètement rejeté, la peinture était incomprise par le public qui était soutenu par les critiques fervents défenseurs des traditions.
Le groupe finit par éclater car ils étaient arrivés au bout de leurs recherches et craignaient de tomber dans l'abstraction. De plus ils désiraient mener leur propre carrière et la nouvelle génération nourrie de l'impressionnisme était en réaction contre lui.
Les Peintres impressionnistes en 1877 par Emile Zola
Emile Zola fera le compte-rendu de l'Exposition consacrée aux Peintres impressionnistes dans ses Notes Parisiennes du 19 avril 1877.
"Je ne vous ai point encore parlé de l'exposition des peintres impressionnistes. C'est la troisième fois que ces peintres soumettent leurs oeuvres au public, en dehors des Salons officiels. Leur désir a d'abord été de se soustraire au jugement du jury, qui écarte du Salon toutes les tentatives originales. Ils se sont trouvé former ainsi un groupe homogène, ayant les uns et les autres une vision à peu près semblable de la nature ; et ils ont alors ramassé comme un drapeau la qualification d'impressionnistes qu'on leur avait donnée. Impressionnistes on les a nommés pour les plaisanter, impressionnistes ils sont restés par crânerie.
Maintenant, je crois qu'il n'y a pas lieu de chercher exactement ce que ce mot veut dire. Il est une bonne étiquette, comme toutes les étiquettes. En France, les écoles ne font leur chemin que lorsqu'on les a baptisées, même d'un mot baroque. Je crois qu'il faut entendre par des peintres impressionnistes des peintres qui peignent la réalité et qui se piquent de donner l'impression même de la nature, qu'ils n'étudient pas dans ses détails, mais dans son ensemble. Il est certain qu'à vingt pas on ne distingue nettement ni les yeux ni le nez d'un personnage. Pour le rendre tel qu'on le voit, il ne faut pas le peindre avec les rides de la peau, mais dans la vie de son attitude, avec l'air vibrant qui l'entoure.
De là une peinture d'impression, et non une peinture de détails. Mais, heureusement, en dehors de ces théories, il y a autre chose dans le groupe ; je veux dire qu'il y a de véritables peintres, des artistes doués du plus grand mérite.
Ce qu'ils ont de commun entre eux, je l'ai dit, c'est une parenté de vision. Ils voient tous la nature claire et gaie, sans le jus de bitume et de terre de Sienne des peintres romantiques. Ils peignent le plein air, révolution dont les conséquences seront immenses. Ils ont des colorations blondes, une harmonie de tons extraordinaire, une originalité d'aspect très grande. D'ailleurs, ils ont chacun un tempérament très différent et très accentué.
Je ne puis, dans cette correspondance, leur accorder à chacun l'étude qu'ils mériteraient. Je me contenterai de les nommer : M. Claude Monet est la personnalité la plus accentuée du groupe. Il a exposé cette année des intérieurs de gare superbes. On y entend le grondement des trains qui s'engouffrent, on y voit des débordements de fumée qui roulent sous les vastes hangars. Là est aujourd'hui la peinture, dans ces cadres modernes d'une si belle largeur. Nos artistes doivent trouver la poésie des gares, comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves. Je citerai ensuite M. Paul Cézanne, qui est à coup sûr le plus grand coloriste du groupe. Il y a de lui, à l'exposition, des paysages de Provence du plus beau caractère. Les toiles si fortes et si vécues de ce peintre peuvent faire sourire les bourgeois, elles n'en indiquent pas moins les éléments d'un très grand peintre. Le jour où M. Paul Cézanne se possédera tout entier, il produira des oeuvres tout à fait supérieures.
M. Renoir a envoyé des portraits de femmes charmants. Le succès de l'exposition est la tête de Mlle Samary, la pensionnaire de la Comédie-Française, une tête toute blonde et rieuse. Mais je préfère les portraits de Mme G. C. et de Mme A. D., qui me paraissent beaucoup plus solides et d'une qualité de peinture supérieure. M Renoir expose également un Bal du Moulin de la Galette, grande toile d'une intensité de vie extraordinaire.
Je ne puis également donner que quelques lignes à Mlle Berthe Morisot, dont les toiles sont d'une couleur si fine et si juste. Cette année, la Psyché et Jeune femme à sa toilette sont deux véritables perles, où les gris et les blancs des étoffes jouent une symphonie très délicate. J'ai aussi remarqué des aquarelles délicieuses de l'artiste.
La place va me manquer et il faut que je passe rapidement sur M. Degas dont les aquarelles sont si belles. Il a des danseuses prodigieuses, surprises dans leur élan, des cafés-concerts d'une vérité étonnante avec "divas" qui se penchent au-dessus de quinquets fumeux, la bouche ouverte. M. Degas est un dessinateur d'une précision admirable, et ses moindres figures prennent un relief saisissant. Je ne range pas ici les peintres impressionnistes par rang de mérite, car j'aurais dans ce cas parlé déjà de M. Pissarro et de M. Sisley, deux paysagistes du plus grand talent. Ils exposent chacun, dans des notes différentes, des coins de nature d'une vérité frappante. Enfin, je nommerai M. Caillebotte, un jeune peintre du plus beau courage et qui ne recule pas devant les sujets modernes grandeur nature. Sa Rue de Paris par un temps de pluie montre des passants, surtout un monsieur et une dame au premier plan qui sont d'une belle vérité. Lorsque son talent se sera un peu assoupli encore, M. Caillebotte sera certainement un des plus hardis du groupe.
Et maintenant les peintres impressionnistes peuvent laisser le public sourire, leur triomphe est à ce prix. Toujours le public a souri devant les tableaux originaux. Lorsque Delacroix et Decamps ont paru, la foule s'est fâchée et a voulu crever leurs toiles. Le privilège des artistes de tempérament est d'ameuter et de passionner leur époque. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il sortira forcément quelque chose du mouvement que déterminent aujourd'hui les peintres impressionnistes. Avant quelques années on verra leur influence se produire sur les Salons officiels eux-mêmes. L'avenir de notre école est là ; le branle est donné, les maîtres n'ont plus qu'à réaliser la note nouvelle.
La preuve que les peintres impressionnistes déterminent un mouvement, c'est que le public tout en riant va voir en foule leur exposition. On y compte par jour plus de cinq cents visiteurs. C'est un succès pour qui connaît les choses. Non seulement les frais de l'exposition seront couverts, mais il y aura peut-être des bénéfices. Bon courage et bon succès aux peintres impressionnistes !"
Les femmes du XIXème siècle selon Smola
La Femme bourgeoise
Au XIXème siècle, la bourgeoisie est actrice et bénéficiaire de la révolution industrielle et cherche à représenter une image de postérité de réussite économique et sociale : c'est pour celà que les portraits de familles sont en vogue. La bourgeoisie contribue largement à faire triompher l'individu, la familler et une vie privée. L'homme a la direction des affaires et de la scène publique. La femme quant à elle est l'intendante du foyer, elle est prisonnière de la quotification de sa vie quotidienner. Elle est constamment en représentation, sourtout sous le regard des peintres. Au delà de la ressemblance physique à leur avantage mais sans flatterie, le peintre transcrit les enjeux des conventions de leur vie quotidienne à travers les vêtements (reflets de la mode de l'époque) et surtout les attributs du paraître. Leurs occupations et leur intérieur est révélateur des devoirs en tant que maîtresse de maison
Avec l'industrialisation, les employeurs sont amenés à proposer pour un faible salaire des emplois aux femmes. Ces emplois comptent sur les qualités 'naturelles' des femmes (adresse, endurance) qui leur sont acquises. Il y a place pour elles dans presque tous les domaines, jusque dans les mines. Mais les conditions de travail sont difficiles, les salaires très bas et inférieurs aux hommes, et il y a beaucoup d'agressivité chez les hommes dans le travail. Le cumul du travail avec les tâches domestiques n’est pas simple . Les femmes n’ont ni carrières, ni professions, ni métiers, mais plutôt des occupations ou des travaux. Certains pensent que leur place est à la maison et non auprès des hommes à les concurrencer 'inutilement'. Une femme mariée est d’abord une ménagère, chargée de la gestion de la famille et du foyer, des soins personnels (notamment aux enfants) et des travaux domestiques (vivre, couvert,linge..). Elles en viennent à envier les prostituées qui ont de meilleurs conditions de vie. Les femmes veuves ou célibataires sont contraintes à travailler pour pouvoir survivre...
Au XIXème siècle, les paysans étaient décrit comme des brutes arriérées, tantôt comme des travailleurs purs et verteux. Les paysannes ont été et sont toujours de beaucoup les plus nombreuses de la population active. Celles-ci assurent au cours d'une très longue journée de travail, liés aux tâches de la femme au foyer (nourrices en général) et des travaux spécifiques à l'exploitation agricole. Le couple est indispensable au bon fonctionnement de la ferme. Mais les travaux féminins sont nécessaires, rudes et ne sont pas valorisés. Elles sont couturières, blanchisseuses commerçantes ou domestiques. De plus l'urbanisation puise dans la main-d'oeuvre constitué par les campagnes surchargées.
Les prostituées ou 'Filles de joie' sont vues comme des 'créatures peinturlurées' arpentant les rues de la ville avec leurs vêtements voyants et leurs regards aggressifs. Ce commerce était très visible car les prostituées pauvres exerçaient leur métier dans des zones traditionnelles comme de vieilles rues des quartiers populaires. Il y avait une autre prostitution plus organisée avec des infrastructures et de gros capitaux. Celle-ci se trouvait dans les maisons closes, bordels où elles étaient salariées, vêtues, nourries et logées. On pouvait aussi bien être indépendante et ne pas appartenir aux maisons closes (elles trainaient sur les trottoirs, tavernes ou à la sortie des théâtres). Le long du XIXème siècle, le commerce s'étend aux salons de massage, dancings, cafés chantants ou cabarets... Ces prostituées arrivaient souvent de la proche campagne ou alors c'était des filles d'artisans dont le métier déclinait. Lorsqu'elles arrivaient dans les maisons closes, elles devaient avoir un nouveau nom, de nouveaux rituels et apprendre un argo compliqué. Leur niveau de vie était très élevé et elles étaient mieux habillées que les autres femmes et pouvaient dépenser autant d'argent que les hommes.
pris du site d'Apya (http://e-monsite.com/impressia)
10 août 2006
Léon Spilliaert au musée d'Orsay
Du 6 mars 2007 au 27 mai 2007
Exposition au Musée d'Orsay des oeuvres de Léon Spilliart !! Oulala cela va être génial !! On vous en parlera en détail de cette expo en 2007 !! Soyez patients ;-)
Léon Spilliaert (1881-1946)
Spilliaert est l'homme des solitudes inquiétantes, des visages hallucinés, des perspectives infinies, des silhouettes énigmatiques. L'originalité de son interprétation s'impose déjà dans les lavis sombres de ses premières années avec lesquels il se livre à une introspection intense, aboutissant aux fameux autoportraits en visionnaire. Il entretient des affinités avec ses contemporains en peinture comme en littérature : Emile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Odilon Redon, Edouard Vuillard, James Ensor... Toutefois, s'il subit l'ascendant de l'esprit fin de siècle, son oeuvre se développera bien au delà du symbolisme.
Tout au long de sa carrière, Léon Spilliaert surprend, déroute et invente un symbolisme de la nuit intérieure qui laisse son empreinte dans l'art belge de la première moitié du XXe siècle.
31 août 2006
Marylin Monroe Immortelle

Jusqu'au 30 otobre 2006, 61, rue de Grenelle au Musée Maillol, se trouve l'exposition "MARILYN LA DERNIERE SEANCE" que je vous conseille vivement d'aller voir si vous ête admirateur ou admiratrice de la défunte Marilyn. Il y a une série de photographies peu connues du public prises en 1962 par un certain Bert Stern photographe pour le magazine Vogue. Ces photos ont été prises quelques mois avant la mort de Marilyn et ont été publiées 1 jour après sa mort. Cette séance offre 2571 clichés de la star immortelle...
"Elle a la couleur du champagne, la couleur de l'albâtre"
16 septembre 2006
Maurice Denis au Musée d'Orsay

EXPOSITION AU MUSEE D'ORSAY :
MAURICE DENIS, PEINTRE NABIS du 31/10/06 au 21/01/07
Maurice Denis (1870-1943) est l'un des principaux membres du groupe des Nabis dont il s'est fait le théoricien. L'exposition du musée d'Orsay lui rend hommage en présentant son œuvre dans sa diversité.
Très impliqué dans les débats esthétiques de son temps, Denis peint dans les années 1890 des tableaux audacieux où les rythmes, la couleur posée en aplats, la composition donnent au tableau une force décorative. Influencé par l'art italien ancien, il s'oriente ensuite vers de grandes compositions plus classiques. Le public peut apprécier cette évolution dans un parcours où l'accent est mis sur des oeuvres majeures, peu vues pour certaines.
Une place importante est réservée aux grands ensembles décoratifs avec notamment la reconstitution du cycle de L'Histoire de Psyché (Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage) réalisée en 1908 pour l'hôtel particulier d'un des plus grands collectionneurs d'art moderne à Moscou, Ivan Morosov.
Dans l'entre-deux-guerres, Maurice Denis est l'un des décorateurs les plus importants. Il est sollicité pour décorer des monuments publics aussi divers que des théâtres, églises, édifices civils.
En complément de l'exposition, un parcours Maurice Denis sera organisé en Ile-de-France, permettant d'admirer les décors encore en place, ensembles impressionnants qui témoignent du renouveau de l'art monumental dans la première moitié du XXe siècle (théâtre des Champs-Elysées, église Notre-Dame du Raincy, etc.).
La présentation en parallèle de dessins et de photographies de Denis permet de donner un panorama plus large de son oeuvre.
Il était une fois Walt Disney au Grand Palais

Il était une fois Walt Disney
Aux sources de l’art des studios Disney
au Grand Palais du 16/09/06 au 15/01/07
Walt Disney (1901-1966) est certainement l’un des créateurs les plus originaux du XXe siècle. S’il n’est pas l’inventeur du dessin animé, il est le premier à lui donner une audience universelle. La réussite exceptionnelle de ses productions les range parmi les modèles de la culture américaine de masse, jusqu’à faire oublier leur extraordinaire genèse.
Culture populaire et culture savante s’ignorent le plus souvent, et les liens qui les unissent sont mal étudiés et mal connus. Les longs métrages d’animation de Walt Disney, depuis Blanche-Neige et les Sept Nains, en 1937, jusqu’au Livre de la Jungle, en 1967, sont un des exemples les plus frappants d’influences réciproques entre ces deux cultures. Dans cet esprit, l’exposition se propose de rapprocher les dessins originaux des studios Disney des œuvres et créations de l’art occidental qui les ont inspirés.
Les origines : « … Et tout a commencé par une souris ! » (Walt Disney)
1.1 Premières sources
En 1928, Walt Disney réalise Steamboat Willie, le premier court métrage d’animation avec son synchronisé de l’histoire du cinéma, donnant vie à l’un des personnages les plus célèbres du siècle, Mickey, imaginé par Disney et mis en forme par Ub Iwerks (1901-1971). En 1935, La Fanfare (The Band Concert) met en scène Mickey pour la première fois en technicolor. Dès lors et tout au long des années trente, les Oscars saluent régulièrement la production des studios Disney, jusqu’à la sortie en 1937 de Blanche-Neige et les Sept Nains. Premier long métrage d’animation, ce film est un énorme succès international et marque la naissance d’un genre capable de rivaliser avec le cinéma hollywoodien.
1.2 Walt Disney et les dessinateurs pionniers des studios Disney
Le talent de Walt Disney, qui renonce très tôt à dessiner, repose sur une intuition artistique infaillible, tant dans le choix et le rôle de ses collaborateurs que dans celui des sources littéraires ou artistiques de ses films. Il recrute ainsi quelques-uns des meilleurs illustrateurs européens émigrés en Amérique : le Suisse Albert Hurter (1883-1942), le Suédois Gustaf Tenggren (1886-1970) et le Danois Kay Nielsen (1886-1957). Formés dans les académies d’art de leurs pays, ces pionniers ont instillé leur culture dans les premiers films des studios, notamment Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Pinocchio (1940) et Fantasia (1940).
Sources littéraires et cinématographiques
2.1 Sources littéraires
Les grands classiques de la littérature européenne ont offert les sujets de nombreux films de Disney, depuis les Fables d’Esope pour les premiers courts métrages jusqu’au Livre de la Jungle de Kipling pour le film de 1967, en passant par Les aventures de Pinocchio de Collodi ou les Contes de Perrault pour La Belle au Bois Dormant et Cendrillon.
En 1935, Disney séjourne plusieurs semaines en Europe. Venu pour recevoir une médaille honorifique de la Société des Nations, il en profite pour ramener en Californie le plus grand nombre possible de livres illustrés, afin de constituer une réserve d’images destinée à inspirer la production des studios. Ce trésor de plus de trois cents ouvrages est toujours en partie conservé dans l’un des départements de The Walt Disney Company aux environs de Los Angeles. Les éditions du XIXe siècle et du début du XXe siècle dominent largement la sélection, avec les contes des frères Grimm et de Perrault. Parmi les illustrateurs, J.J. Granville figure en bonne place, dans des éditions originales, mais aussi Gustave Doré et des artistes allemands comme Ludwig Richter Moritz von Schwind et Heinrich Kley. Les Anglais sont représentés par des éditions d’Alice au Pays des merveilles de Lewis Carroll et de Peter and Wendy de James M. Barrie, illustrées par Arthur Rackham ou John Tenniel.
2.2. Sources cinématographiques
A ses débuts en 1922, Disney possède quelques rudiments en animation, puisés dans les ouvrages de Edwin G. Lutz (Animated Cartoons, 1920) et de Eadweard Muybridge, célèbre photographe de la fin du XIXe siècle spécialiste de la locomotion humaine et animale. Il connaît aussi les praxinoscopes du Français Emile Reynaud, les films d’un autre Français, Emile Cohl, qui collabora avec le dessinateur Benjamin Rabier, et ceux du pionnier américain Winsor McCay, qui réalisa en 1909 Little Nemo, puis en 1914 le célèbre et inégalé Gertie le dinosaure.
Pour Disney, le monde du cinéma est une source inépuisable d’inspiration. Dès les années trente, l’actualité cinématographique inspire ses courts métrages, parfois de façon littérale, comme The Mad Doctor (1933) qui reprend avec humour des scènes du Frankenstein de James Whale (1931) ou Modern Inventions (1937) où Donald connaît des mésaventures similaires à celles de Charlot dans Les Temps modernes (1936). Le cinéma expressionniste allemand marque de façon plus profonde les premiers longs métrages de Disney : l’empreinte du Faust de Friedrich Murnau (1926) est omniprésente dans plusieurs séquences de Fantasia.
Architecture et paysage
Traité avec un soin extrême, le décor a un rôle capital dans les films de Disney. La Camera multiplans, caméra inventée et utilisée par les studios Disney, nécessite de grands décors panoramiques le long desquels elle peut se déplacer. Peints à la gouache sur carton, sur verre ou sur celluloïd pour les premiers plans, ces décors sont réalisés par des artistes spécialisés.
Les repérages sur le terrain, y compris en Europe, sont fréquents. Le village de Pinocchio est ainsi directement emprunté à la cité médiévale de Rothenburg en Bavière. Le château de La Belle au Bois Dormant est un croisement entre les enluminures des Très Riches Heures du Duc de Berry, les dessins de Viollet-le-Duc et les extravagances architecturales des châteaux de Louis II de Bavière. Les forêts s’inspirent de la peinture chinoise du XVe siècle, d’estampes japonaises ou des forêts américaines ou anglaises. Quant aux vues à vol d’oiseau, elles empruntent aux peintres régionalistes américains Grant Wood et Thomas Hart Benton. On reconnaît bien l’influence de paysages de Gaspard Friedrich et de Arnold Böcklin dans Fantasia, comme celle des primitifs flamands et italiens dans les décors de La Belle au Bois Dormant.
Anthropomorphisme
Les illustrateurs du XIXe siècle et du début du XXe, qui ont radicalement renouvelé le thème de l’anthropomorphisme, ont profondément influencé les studios Disney : Grandville, Honoré Daumier, Gustave Doré, Benjamin Rabier, l’Allemand Heinrich Kley, l’Anglaise Beatrix Potter, sont les sources de nombreux personnages de Disney. Si celui-ci traite le plus souvent ces animaux anthropomorphisés avec bienveillance, il est des films où la métamorphose, des arbres notamment, engendre la répulsion et la terreur, comme dans la scène de Blanche-Neige et les Sept Nains où l’héroïne s’enfuit dans la forêt après avoir failli être assassinée.
Les sources des personnages de Disney
La genèse des personnages suit un processus complexe, au fil d’innombrables réunions auxquelles Walt Disney participe activement. Il lui arrive ainsi de fixer les principaux traits de caractère d’un personnage ainsi que son apparence graphique, si les propositions des dessinateurs ne le satisfont pas. De ces échanges et de la combinaison de plusieurs sources, historiques, picturales, cinématographiques, naissent finalement les principaux personnages, qui sont ensuite animés à partir de feuilles de modèle, parfois de prototypes en plâtre.
Mais cette genèse reste délicate à reconstituer tant les rôles des scénaristes, des dessinateurs et de Disney lui-même sont imbriqués. A cet égard, le personnage ambivalent de la Reine-Sorcière dans Blanche-Neige constitue un bon exemple. Alors que Disney suggère de son coté que la Reine soit un mélange de Lady Macbeth et du Grand Méchant Loup, son visage est finalement inspiré par celui de l’actrice américaine Joan Crawford (1908-1977) et son apparence générale semble dériver de la statue-colonne du portail de la cathédrale de Naumberg (Allemagne). La transformation de la Reine en Sorcière est empruntée aux différentes versions cinématographiques de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Et la Sorcière elle-même reprend la tradition iconographique développée par le XIXe siècle sur ce thème.
Salvador Dali : l’aventure de Destino
Salvador Dali et Walt Disney se vouaient une admiration réciproque. On ne sait lequel des deux fit le premier pas : sans doute Disney proposa-t-il une collaboration à Dali quand celui-ci travaillait à Hollywood, en 1945, pour le film d’Hitchcock, La Maison du Dr Edwards. Lorsque la presse américaine connut le projet, elle se gaussa de la rencontre improbable entre l’univers du « Maître des montres molles » et celui du « Maître de Mickey Mouse ». Mais le film, intitulé Destino, ne vit pas le jour du vivant des deux hommes. Une centaine de dessins et de peintures subsistent de cette aventure, dont les plus spectaculaires sont présentés dans l’exposition. Destino fut finalement achevé en 2003 à partir du travail de Dali, sous la direction de Roy E. Disney, neveu de Walt.
L’influence de l’univers de Disney sur l’art contemporain
La production des studios Disney suscite très tôt l’intérêt des artistes, et d’abord celui du monde du cinéma. Eisenstein et Prokofiev, alors qu’ils conçoivent Ivan le terrible (1945), s’intéressent au travail accompli par Disney et le chef d’orchestre Léopold Stokowski pour Fantasia. Au milieu des années 60, la popularité de Disney est immense, universelle. Depuis la sortie de Blanche-Neige en 1937, plusieurs générations ont été élevées au rythme de ses films et elles en gardent un souvenir. Avec le Pop Art, les personnages de Mickey et de Donald gagnent le statut d’icônes.
Comme le résume le peintre français Robert Combas en 1977 : « Mickey n’est plus la propriété de Walt, il appartient à tout le monde ». Après avoir largement puisé dans l’art occidental de toutes les périodes, l’univers de Disney devient à son tour une source d’inspiration pour des artistes aussi divers que Christian Boltanski, Bertrand Lavier, Peter Saul, Erró ou Gary Baseman.
07 octobre 2006
Programme Auditorium du Grand Palais
Auditorium
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles.
LES FILMS D’ANIMATION
Pour les petits et les grands, une sélection des meilleurs films d’animation produits dans le monde (V.F.).
ETATS-UNIS : WALT DISNEY
Blanche-Neige et les sept nains
Réalisation : David Hand (1937). Production : Walt Disney Pictures. Durée : 1h23
La princesse Blanche-Neige est trop belle : sa belle-mère décide de la faire tuer. Mais le garde chargé de cette lourde tâche n’a pas le coeur de faire mourir la princesse et l’abandonne dans la forêt. Perdue, épuisée, Blanche-Neige arrive finalement dans une étrange maison avec de curieux habitants : sept nains. Le film est le premier long métrage de Walt Disney.
Le samedi à 16h40
Pinocchio
Réalisation : Hamilton Luske et Ben Sharpsteen (1940). Production : Walt Disney Pictures. Durée : 1h28
Au moment où il sculpte dans le bois un pantin, le menuisier Gepetto ne sait pas encore que sa marionnette va prendre vie par la magie de la fée bleue. Voilà donc Pinocchio devenu vivant, et allant à l’école au théâtre de marionnettes. Un récit initiatique plein d’humour.
Le vendredi à 16h30
Fantasia
Réalisation : Norman Ferguson (1940). Production : Walt Disney Pictures. Durée : 1h57
Fantasia regroupe huit dessins animés inspirés par de grandes partitions musicales : Casse-noisette de Tchaïkovski, avec des champignons chinois qui dansent, Le Sacre du printemps de Stravinsky joué par une troupe de dinosaures, L’Apprenti sorcier de Paul Dukas… Par sa poésie, par sa beauté et son audace, Fantasia est considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre de Walt Disney.
Le dimanche à 16h
FRANCE : PAUL GRIMAULT
Le Roi et l’Oiseau
Réalisation : Paul Grimault (1979). c-du-cinéma. Durée : 1h27
Une bergère et un ramoneur sont amoureux l’un de l’autre. Mais le tyran du royaume de Takicardie veut épouser la bergère. Aidés par un oiseau malin, les amoureux s’enfuient pour échapper au tyran, poursuivis par son étrange police. Adapté d’un conte d’Andersen, ce dessin animé signant la collaboration entre Paul Grimault et Jacques Prévert a obtenu le prix Louis-Delluc en 1979.
Le mercredi à 15h30
RUSSIE : YURI NORSTEIN
Le Héron et la Cigogne (1974)
Le Hérisson dans le brouillard (1975)
Le Conte des contes (1978)
Réalisation : Yuri Norstein. AK Vidéo / IDE. Durée : 50 mn
Un héron et une cigogne cherchent sans y parvenir à s’aimer; un hérisson, pour rejoindre son ami l’ourson, traverse un paysage plein d’apparitions inquiétantes; enfin le merveilleux Conte des contes, primé meilleur film d’animation de tous les temps… : trois courts métrages illsutrent l’art du plus grand réalisateur russe de films d’animation.
Le mercredi à 17h, le samedi à 14h30
REPUBLIQUE TCHEQUE : JIRI TRNKA
Le Rossignol et l’Empereur de Chine
Réalisation : Jirí Trnka (1948). Krátky Film Praha. Durée : 1h15 mn
Un petit garçon rêve qu’un empereur de Chine échappe à la mort grâce au chant d’un rossignol. Ce film inspiré d’un conte d’Andersen a été réalisé par celui qu’on a appelé “le Walt Disney des pays de l’Est”.
Le jeudi à 16h30
JAPON : TAIJI YABUSHITA
Le Serpent blanc
Réalisation : Taiji Yabushita (1958). Wildside. Durée : 1h18
Sur un marché chinois, un enfant achète un serpent blanc. Mais ses parents refusent de garder l’animal et l’enfant doit se séparer du serpent. Chacun grandit de son côté, mais l’enfant et le serpent vont se retrouver dans d’étranges circonstances.
Le dimanche à 13h30
CANADA : NORMAN MC LAREN
A little Phantasy of a 19th century painting (1946)
A Phantasy (1952)
Voisins (1952)
Le Merle (1958)
Réalisation : Norman Mc Laren. National Film Board of Canada. Durée : 25 mn
De ses premiers essais effectués en Écosse en 1933 jusqu’à son ultime film réalisé à l’ONF en 1983, McLaren a construit une oeuvre singulière sous le signe de l’invention et de l’humanisme. Maître du cinéma expérimental canadien, influencé par le surréalisme, passionné de danse et de musique, il fut notamment admiré par Picasso, Cocteau, Truffaut …
Le jeudi à 16h
SEANCE EXCEPTIONNELLE : mercredi 25 octobre à 17h30
Séance exceptionnelle suivie d’une conférence avec les réalisateurs.
Accès gratuit sur présentation d’une contremarque à retirer au comptoir d’accueil à partir du 18 octobre.
Bonsoir Monsieur Chu
Réalisation : Stéphanie Lansaque et François Leroy, 2005. Production : Je suis bien content. Durée : 14 mn
Dans tout le Vietnam, on s’apprête à célébrer Trung Nguyen, la Fête des âmes errantes. Un petit garçon et son oiseau, un conducteur de cyclopousse et sa carpe promènent une dernière fois les animaux qu’ils relâcheront à la nuit. Un film en forme de documentaire réalisé au Vietnam.
L’Inventaire fantôme
Réalisation : Franck Dion, 2004. Production : Les armateurs. Durée : 10 mn
L’huissier Soms fait une étrange visite chez un vieil homme qui collectionne les souvenirs dont plus personne ne veut. Le film a obtenu le prix du jury Canal J au festival d’Annecy 2004.
La Révolution des crabes
Réalisation : Arthur de Pins, 2004. Production : Metronomic. Durée : 5 mn
Pourquoi les crabes de l’estuaire de la Gironde sont-ils condamnés à marcher sans pouvoir jamais changer de direction? Ce film, qui répond à la question, a obtenu un très grand nombre de distinctions dont le prix spécial du jury aux Rencontres internationales du cinéma d’animation.
La Sacoche perdue
Réalisation : Catherine Buffat et Jean-Luc Greco, 2006. Production : Les films à carreaux. Durée : 13 mn
Un marchand rentrant d’une foire où il a fait de bonnes affaires oublie sa sacoche pleine d’or dans une église où il s’est arrêté pour prier. Inspiré d’une histoire médiévale, ce film à l’ambiance envoûtante est aussi un conte moral.
LA FICTION
Blanche-Neige et les sept nains
Réalisation : J. Searle Dawley. États-Unis, muet (1916). Durée : 1h05
Walt Disney vit le film de J. Searle Dawley à 15 ans et ne l’oublia jamais. Quelque vingt ans plus tard, en 1937, il réalise sa propre version du célèbre conte.
Le samedi à 15h30
LES DOCUMENTAIRES
Il était une fois… Walt Disney
Réalisation : Samuel Doux, France (2006). Coproduction : Réunion des musées nationaux / The Walt Disney Company (France). Durée : 52 mn
Sous la forme d’une enquête, ce documentaire analyse les sources iconographiques des premières créations de Walt Disney.
Le lundi à 13h40, le jeudi à 12h15 et à 15h, le dimanche à 15h
THEMA WALT DISNEY sur ARTE
Diffusion : 15 septembre 2006
Walt Disney. L’homme au-delà du mythe
Réalisation : Jean-Pierre Isbouts, Etats-Unis (2001). Production : Pantheon Studios, Unapix International, Antartic Vidéo. Durée : 80 mn
Un documentaire qui retrace les grandes étapes de la vie de Walt Disney à travers ses plus grandes réalisations.
Le samedi à 13h
Les Origines de Walt Disney
Premières sources, premiers pas
En 1928, Walt Disney réalise Steamboat Willie, le premier court métrage d’animation avec son synchronisé de l’Histoire, et donne vie à l’un des personnages les plus célèbres du siècle, Mickey. Avant cela et dans la tradition de l’illustration européenne du XIXe siècle et du début du XXe, Disney et ses collaborateurs ont inventé des personnages composés à partir d’animaux anthropomorphisés, tel Oswald « le lapin heureux ». Dans la série des Alice Comedies (1923), on reconnaît déjà de petites souris dont certaines semblent bien être des ancêtres directs de Mickey. Ce dernier, imaginé par Disney et mis en forme par Ub Iwerks (1901-1971), est bientôt accompagné par Minnie, Donald, Dingo, puis beaucoup d’autres. La même année que Steamboat Willie, Mickey apparaît à nouveau dans les films Gallopin’ Gaucho, puis Plane Crazy. En 1935, La Fanfare (The Band Concert) le met en scène pour la première fois en Technicolor.
Walt Disney et les dessinateurs pionniers des studios Disney
Walt Disney a la curiosité et la passion de l’autodidacte. Salué par les milieux culturels pour ses innovations jusqu’à la fin des années trente, il devient ensuite à leurs yeux le parangon de la mièvrerie et du conformisme, plus encore lorsqu’il affiche des opinions résolument anti-communistes puis maccarthystes.
Le talent principal de Walt Disney, qui renonce dès le milieu des années vingt à dessiner, repose sur une intuition artistique infaillible, tant dans le choix et le rôle de ses collaborateurs que dans celui des sources littéraires ou artistiques nécessaires à l’élaboration de ses films. Il recrute ainsi quelques-uns des meilleurs illustrateurs européens émigrés en Amérique. Formés dans les académies d’art de leurs pays respectifs, ces pionniers ont savamment instillé leur culture dans les premiers films des studios, notamment Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Pinocchio (1940) et Fantasia (1940). Aux côtés de Walt Disney, chef d’orchestre magistral qui sollicite ces influences étrangères mais les « américanise » parfois avec désinvolture, ils contribuent à créer une esthétique nouvelle, nourrie pour une grande part de l’art du vieux continent.
Le génie de ces grands artistes des studios Disney ne doit pas non plus faire oublier les centaines d’anonymes, scénaristes, animateurs, décorateurs, maquettistes, intervallistes, gouacheurs, qui ont permis l’accomplissement de la magie.
Sources cinématographiques et littéraires de Walt Disney
Sources cinématographiques
Walt Disney s’est plusieurs fois dit émerveillé par la projection en 1916 du Blanche-Neige de J. Searle Dawley, avec Marguerite Clark, lors d’une séance publique offerte aux enfants de Kansas City. Lorsqu’il fonde la compagnie Laugh-O-Gram Films en 1922, il possède quelques rudiments en animation, puisés dans l’ouvrage Animated Cartoons (1925) de l’Américain E.G. Lutz, et dans ceux d’Eadweard Muybridge, célèbre photographe de la fin du XIXe siècle, spécialiste de la locomotion humaine et animale. Il a également eu en main les praxinoscopes du Français Emile Reynaud. Enfin, il connaît les films d’un autre Français, Emile Cohl, et aussi ceux du pionnier américain Winsor McCay.
Le dessin d’animation ne constitue pas le seul horizon de Walt Disney et de ses dessinateurs. Tous fréquentent assidûment la salle de projection spécialement louée pour les studios. Pour Walt, que Hollywood ignore à ses débuts, le monde du cinéma représente en effet un modèle d’émancipation artistique et une source inépuisable d’inspiration. Dès les années trente, les courts métrages des studios Disney sont ainsi inspirés de l’actualité cinématographique, souvent de façon littérale. Le cinéma expressionniste allemand marque de façon plus durable et plus profonde encore les premiers longs métrages de Disney, pour qui le monde germanique peut cohabiter sans complexe avec le cinéma hollywoodien, jusque dans son esthétique d’opérette.
Sources littéraires et livres illustrés
Les grands classiques de la littérature européenne ont fourni les sujets de nombreux films de Walt Disney, depuis les Fables d’Esope pour les premiers courts métrages jusqu’au Livre de la Jungle de Rudyard Kipling (1895) pour le film éponyme de 1967, en passant par Les Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi (1878-1883) ou les Contes de Charles Perrault (1697) pour La Belle au Bois Dormant et Cendrillon.
D’abord intéressé par les contes et les fables, Disney y puise des morales simples, un caractère primitif et universel qui correspond à ses aspirations profondes. Si l’adaptation des textes est relativement fidèle pour les courts métrages de la série des Silly Symphonies, l’exercice est conduit en revanche avec beaucoup plus de liberté pour les longs métrages. Disney et son département de scénaristes, presque tous dessinateurs de formation, n’hésitent pas à modifier radicalement les récits dont ils s’inspirent, en mettant en avant des personnages de second plan ou en inventant des épisodes. Disney fait même établir en 1943 une liste de tous les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale auxquels il espère un jour pouvoir se mesurer, de La Bible aux Contes des Mille et Une Nuits.
En 1935, accompagné de sa famille, Walt Disney séjourne plusieurs semaines en Europe. Alors que le but initial de son voyage est de recevoir une médaille honorifique de la Société des Nations, il en profite pour acquérir et envoyer en Californie un très grand nombre de livres illustrés, afin de constituer une réserve d’images destinée à inspirer la production des studios. Ce trésor documentaire de plus de trois cents ouvrages français, anglais, allemands et italiens, est toujours en partie conservé dans l’un des départements de The Walt Disney Company, non loin de Los Angeles. Les livres présentés dans l’exposition proviennent pour la plupart de cette bibliothèque, dont l’accès était ouvert aux dessinateurs des studios qui les empruntaient pour y trouver des modèles. Les éditions du XIXe siècle et du début du XXe dominent largement la sélection, avec les contes européens des frères Grimm ou de Perrault. Parmi les illustrateurs, Grandville figure en bonne place, dans des éditions originales, mais aussi Gustave Doré et les artistes allemands comme Ludwig Richter (1803-1884), Moritz von Schwind (1804-1871) ou encore Heinrich Kley (1863-1945), dont Walt Disney acquiert plusieurs centaines de dessins dans les années trente. Les Anglais sont également représentés autour de Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll (1865) ou Peter et Wendy de James Matthew Barrie (1911), illustrés par Arthur Rackham ou John Tenniel.
Dali et Disney l'aventure de Destino
Dalí et Disney : l’aventure de Destino

Destino. Pyramide se réfléchissant
dans un bassin
Salvador Dalí
1946
Aquarelle; 29,7 x 37 cm
Walt Disney Feature Animation and the
Animation Research Library,
Burbank, Californie
© Disney 2006
© ADAGP, Paris 2006
Bien qu’il soit difficile d’imaginer deux artistes plus éloignés, Salvador Dalí et Walt Disney se vouaient une admiration réciproque. On ne sait lequel des deux fit le premier pas : sans doute Disney profita-t-il de la présence de Dalí à Hollywood en 1945, le peintre travaillant alors sur le film d’Alfred Hitchcock, La Maison du Dr Edwards.
Dalí ne cachait pas son intérêt pour Disney : dans une lettre à André Breton de 1937, il qualifie Walt Disney, Cecil B. de Mille et les Marx Brothers de seuls surréalistes américains. De son côté, Disney tenait particulièrement à la participation des artistes contemporains à ses films, même si bien souvent de tels rapports furent difficiles, comme cela avait été le cas avec Oskar Fischinger (1900-1967). Lorsque la presse américaine apprit l’existence du projet, elle se gaussa de la rencontre improbable entre l’univers du « Maître des montres molles » et celui du « Maître de Mickey Mouse ».
Le film, intitulé Destino, du nom de la ballade du Mexicain Armando Dominguez qui devait l’accompagner, ne vit pas le jour du vivant des deux hommes. Dalí travailla de février à avril 1946 à sa conception dans les studios Disney, aux côtés de l’animateur John Hench. A l’origine, le film devait mêler vues réelles et animations, sur le thème d’un amour contrarié entre une ballerine et un joueur de base ball.
Une centaine de dessins et de peintures subsistent de cette aventure. Ce matériel a permis aux studios Disney de tirer en 2003 un film de six minutes, sous la direction de Roy Disney, neveu de Walt, et du français Dominique Monfery.






